Julian Alaphilippe, un premier Tour en trois actes qui donne envie de voir la suite

Il a été l’une des attractions de ce mois de juillet. Un joli brin de fraîcheur sur le vélo, comme en dehors. A 24 ans, Julian Alaphilippe (Etixx-Quick Step) a disputé avec brio son premier Tour de France, où l’Auvergnat a connu trois périodes bien différentes.

Le Tour 2016 constituait un examen de passage très alléchant : flamboyant sur les classiques (2e de la Flèche Wallonne 2015 et 2016, 2e de Liège-Bastoghe-Liège 2016), performant sur les courses par étapes d’une semaine (vainqueur du Tour de Californie, 6e du Dauphiné), qu’allait donc produire Julian Alaphilippe, 24 ans, pour sa première Grande Boucle, qui était aussi son premier Grand Tour tout court ?

Durant trois semaines, du Mont-Saint-Michel à Paris, on a donc vu. Et on n’a pas été déçu. Certes, l’Auvergnat n’a pas gagné d’étape, et il a fini loin au général (41e à 2h00’09 »). Mais il a assurément été l’un des Français les plus en vue. Des premiers aux derniers jours. Réussi, son Tour de France peut être découpé en trois actes.

Acte I : Maillot jaune, ce rêve inassouvi

Dès le soir du deuxième jour de sa carrière sur le Tour, Alaphilippe a connu cette double frustration énorme : celle d’être passé tout près d’une victoire d’étape et du maillot jaune. Dans la côte de la Glacerie, à Cherbourg-en-Cotentin, il est seulement débordé à 100m de la ligne par Peter Sagan, plus fort et, à coup sûr, plus malin pour avoir laissé le Français démarrer le premier dans ce sprint pour puncheurs. De quoi taper de rage sur son guidon. « C’est difficile à avaler! » lâchait-il alors, avant de relativiser. « Je ne suis battu que par le champion du monde, il faut que je me contente de ça. C’est quand même une satisfaction. » D’autant qu’il revêt son premier maillot distinctif, le blanc du meilleur jeune.

Deuxième au général, il est alors le mieux placé pour ravir la tunique dorée au Slovaque. L’occasion se présente lors de la 5e étape, la première de (moyenne) montagne. Mais son équipe, bâtie pour accompagner Marcel Kittel sur les sprints, n’a pas tenté la saisir. Sans réaction de la part d’Etixx-Quick Step, l’échappée prend le large sur les routes du Cantal. Greg Van Avermaet (BMC) s’offre l’étape au Lioran et le maillot jaune. Le dauphin reste le même : Alaphilippe.

Acte II : Le coup de bambou

Il était redouté. Pour son premier Grand Tour, Alaphilippe devait bien connaître ce fameux « jour sans », d’autant que le Montluçonnais ne s’est pas franchement ménagé depuis le printemps. Il est arrivé lors de la 8e étape, la première de très haute montagne. Sur les pentes du Tourmalet, la première des quatre ascensions du jour, c’est l’explosion. Collé au bitume (non sans avoir essayé de s’échapper au préalable), il termine 69e à Bagnères-de-Luchon, avec 25’54 » de retard sur Chris Froome. « C’était ma première journée galère… Je me suis accroché toute la journée dans le groupe que j’étais. »

Le lendemain, il lâche de nouveau vingt minutes à Andorre-Arcalis. Le voilà retombé à la 45e place. En panne, Alaphilippe se retrouve même écorché après son impressionnante chute à cause du vent, lors du chrono de La Caverne du Pont d’Arc. Son Tour semble tourner au vinaigre.

Acte III : Le chien fou

Mais le gamin a de la réserve. Et du courage. Deux jours après sa péripétie ardéchoise, le voilà lancé dans sa première échappée du Tour. Le chien fou est lancé. Entre Bourg-en-Bresse et Culoz, il crève l’écran dans le Grand Colombier. Déchaîné, porté par la foule, Alaphilippe bouche – au prix d’un énorme jump dans le dernier kilomètre de l’ascension et d’une descente époustouflante – la petite minute qui le sépare sur Rafal Majka et Ilnur Zakarin. Frissons assurés. Mais pas de chance. Victime de son dérailleur, il se voit reléguer à l’arrière. Et ne pourra revenir sur la tête de course, échouant à 22 » de Jarlinso Pantano à l’arrivée.

Son tempérament fougueux s’exprimera encore deux fois. Le lendemain, vers Berne, il passe 170 kilomètres à lutter contre le peloton en compagnie de son coéquipier Tony Martin, une entreprise surprenante et vouée à l’échec. Mais dans Joux Plane, à la veille de Paris, la victoire semble lui tendre les bras. Décrochant Jarlinson Pantano, son dernier compagnon d’échappée, il est en tête à cinq kilomètres du sommet de Joux-Plane. Mais le Colombien finit par revenir. Tout comme Vincenzo Nibali et Ion Izagirre, qui le décrochent par la suite. Et malgré une descente d’enfer, Alaphilippe doit se contenter de la 4e place à Morzine. « Je suis déçu de ne pas avoir gagné. Mais il ne faut pas trop en demander. L’apprentissage continue. Je suis épuisé mais super fier d’avoir pu finir mon premier Tour de France. »

La suite ?

Elle est prometteuse. Forcément. Sa fraîcheur affichée en troisième semaine montre des qualités de récupération certaines. Spectaculaire et généreux dans l’effort, décontracté et naturel face aux médias, sa nature sied parfaitement à la lumière surexposée du Tour. C’est un atout. Mais il est encore trop tôt pour dire s’il pourra un jour venir batailler pour la victoire finale. Extrêmement polyvalent, il lui reste notamment à se découvrir sur les chronos longs et plats, si caractéristiques du Tour. Même si son passé de cyclo-crossman lui a inculqué certaines bases. « Avec le cyclo-cross, il sait faire les efforts à bloc pendant une heure », nous disait l’an passé DaDavid Lima Da Costa, son ancien manager au sein de l’équipe de l’Armée de Terre.

Pour l’heure, il peut savourer ce premier Tour bouclé. Tout en pensant à Rio, où Alaphilippe devrait à nouveau jouer les premiers rôles sur l’épreuve en ligne olympique, dans deux semaines.

Source : www.eurosport.fr