Julian Alaphilippe annonce sa retraite
Double champion du monde et l'un des coureurs les plus aimés de sa génération, Julian Alaphilippe a annoncé aujourd'hui qu'il mettrait un terme à sa carrière professionnelle.
Le palmarès d'Alaphilippe compte deux titres consécutifs de champion du monde sur route (Imola 2020, Louvain 2021), Milan-Sanremo (2019), les Strade Bianche (2019), trois éditions de la Flèche Wallonne (2018, 2019, 2021) et la Clásica San Sebastián (2018), ainsi que des victoires d'étape sur les trois grands tours : le Tour de France, le Giro d'Italia et la Vuelta a España. Son Tour de France 2019, au cours duquel il a porté le maillot jaune pendant quatorze jours, a fait vibrer les passionnés bien au-delà des frontières françaises.
« J'ai tout donné, et le vélo m'a tout rendu », a déclaré Alaphilippe. « C'est pour ça que je peux le dire avec le sourire : j'arrête. Pas avec de la tristesse, mais avec une immense gratitude. À tous les fans qui m'ont porté dans chaque montée : merci. Merci pour tout. »
Julian Alaphilippe n'est pas disponible pour des interviews ou des questions complémentaires. Il souhaite consacrer les prochaines semaines au repos et à sa famille. Aucune autre déclaration ne sera faite. Toute demande peut être adressée au service presse de l'équipe.
Interview d'adieu
(English version available on the website of Tudor Pro Cycling Team)
Julian, pourquoi maintenant ?
Parce que c'est le bon moment. J'ai toujours couru à l'instinct, en attaquant quand les jambes brûlaient, pas quand les chiffres le disaient. J'ai pris cette décision de la même manière. Je me suis réveillé un matin, en stage, et je l'ai senti : c'est ma dernière année. Sans tristesse.
Quel est le premier mot qui vous vient à l'esprit quand vous regardez en arrière ?
Gratitude. Vraiment. Je suis un gamin de Saint-Amand-Montrond qui a commencé par le cyclo-cross et par jouer de la batterie dans les bals musette avec mon père. Que ce gamin ait pu porter le jaune pendant quatorze jours et devenir deux fois champion du monde, ce n'est pas un dû, c'est un cadeau. De la part de beaucoup de gens.
2019. Toute la France s'est arrêtée.
Cette année-là était plus grande que moi. Milan-Sanremo, les Strade Bianche, et puis ce Tour… Quand j'ai pris le jaune à Épernay, je me suis dit : deux jours, trois peut-être. Ça a duré quatorze. Les statistiques diront que j'ai perdu ce Tour ; en réalité, il reste l'un de mes plus beaux souvenirs.
Et pourtant, Imola 2020 reste votre plus belle journée ?
La plus intime. J'ai franchi la ligne et j'ai montré le ciel, mon père. Et Louvain, un an plus tard, c'était la fête qu'Imola n'avait pas pu être à cause du Covid. Ce mur de gens en Belgique… La Belgique est devenue ma deuxième maison. Merci.
Il y a eu de profondes vallées aussi. Liège 2022, les critiques qui ont suivi.
Un poumon perforé, des côtes cassées, une omoplate. Et ensuite deux années pendant lesquelles tout le monde avait un avis sur mes résultats. Ça, parfois, ça faisait plus mal que la chute. Mais vous savez ce que je retiens de cette période ? Les gens qui sont restés. Les coéquipiers qui ont continué à rouler pour moi, les fans qui criaient encore quand je passais le sommet en cinquantième position. Être soutenu quand on gagne, c'est facile. Être soutenu quand on perd, ça, c'est quelque chose de rare.
Puis est venue cette étape du Giro en 2024.
Cent cinquante kilomètres d'échappée, une arrivée en solitaire à Fano. C'était ma réponse, pas aux critiques, mais à moi-même. La preuve que la flamme était toujours là. Et lors de ces dernières années chez Tudor, j'ai pu rendre quelque chose : aider les jeunes coureurs à lire la course, leur transmettre tout ce que j'ai eu la chance d'apprendre en seize ans. Être écouté et respecté par la jeune génération, ça aussi, c'est un privilège.
Des regrets ?
(rires) Liège 2020, avoir célébré trop tôt, les bras en l'air. Ça m'a coûté un Monument. Mais c'est aussi qui je suis : j'ai couru à visage découvert, avec les erreurs qui vont avec. Je préfère dix défaites en attaquant qu'une victoire dictée depuis la voiture de l'équipe.
Qu'est-ce qui vous manquera le plus ?
Je peux déjà dire une chose : ne plus quitter la maison 250 jours par an, ça ne me manquera pas. Enfin pouvoir profiter pleinement de mon fils, c'est ce que j'attends le plus. Mais bien sûr, le goût de l'effort me manquera. Les moments de fraternité avec les copains, en stage comme en course, la vie de groupe, ça, ça me manquera, c'est certain.
Qu'aimeriez-vous dire aux fans ?
Que cet adieu est autant le leur que le mien. À tous ceux qui se sont tenus au bord d'un secteur pavé, d'un col ou d'une rue de village, en France, en Belgique, en Italie, partout : vous avez porté ma carrière. J'espère avoir rendu quelque chose, des frissons, une raison de crier, un sourire, un souvenir vécu avec votre père ou votre fille au bord de la route. Merci pour tout. Vraiment, pour tout.
Un dernier mot ?
Simplement ceci : je m'arrête aussi de parler pendant un moment. Je ne donnerai pas d'autres interviews et je ne répondrai pas à d'autres questions sur cette décision, tout ce que j'avais à dire est ici. J'ai besoin de calme, et surtout de temps avec ma famille. C'est là que je veux être maintenant. Merci de le respecter.
- Julian